Chassot le naturel...

La première fois que j’ai croisé Clément, c’était lors de mes premiers pas de journaliste à Marseille : Fred (Legrand !) m’accueillait dans les locaux de la rédaction de 20 minutes et voilà dans un coin un stagiaire que j’allais retrouver au Ravi. Que retenir de celui avec qui j’ai signé mon premier contrat aidé ? Sa sempiternelle habitude d’être toujours en retard ? La rigueur toute monacale lorsqu’il se fait maquettiste ? L’accélération de sa diction lorsqu’il s’agace au téléphone avec un interlocuteur ? La fréquentation que nous avions en commun des bars et des manifs ? Si je devais garder une image, c’est Clément débarquant bien éméché au local de Michèle Rubirola le soir de son élection en tentant de faire jouer ses relations pour pouvoir entrer. En vain. Il y avait déjà un journaliste du Ravi sur place : j’étais arrivé avant lui ! À le voir reconduit par la sécurité et en me resservant un verre de blanc, me vint ce mauvais jeu de mot : Chassot le naturel, il revient au galop !
S. B.
Clément a tellement toujours été pour moi un pilier du journalism posse de Marseille que je ne pouvais simplement pas imaginer l’avoir eu comme stagiaire. Il a fallu que Seb (Boistel) me propose un test en live de boxe populaire vs krav-maga pour que je me rappelle qu’effectivement oui, en théorie, j’aurais pu un jour lui apprendre quelque chose. Alors que ça a toujours été le contraire. À observer Clément, j’ai appris qu’on pouvait rester journalistiquement cool en toutes circonstances, y compris quand le Ravi vous envoie courser un maire de droite populaire pour lui remettre le prix de la ville à fuir absolument en Paca (no shit). J’ai appris qu’on pouvait vouloir passer ses vacances à escalader le Mont Blanc ou faire plusieurs heures de marche pour atteindre la vallée de la Roya, et en revenir pour en faire un reportage. J’ai appris qu’on pouvait témoigner d’un laxisme insidieux dans l’application du ratio texte / dessin d’une maquette de journal. J’ai surtout appris que les grands journalistes ne se la ramènent pas forcément, parce que j’en avais un devant moi.
F. L.
Être journaliste pas pareil, c’est comme sauter en wingsuit mais sans combinaison ailée : il faut chaque jour se lancer dans le vide en espérant que le parachute s’ouvrira au bon moment, écrire ses papiers sur un matériel hors d’âge, passer par la fenêtre quand les élus et les institutions verrouillent les portes, garder les nerfs solides alors que les fins de mois ne sont jamais assurées… Clément a pratiqué ce sport au Ravi durant une dizaine d’années sans (presque) jamais perdre son calme. La grande classe ! Dans les écoles justement, il a rendu visite à des générations énamourées de collégiens et lycéens pour leur parler satire, fake news, indépendance des médias : la preuve par l’exemple qu’un journaliste n’est pas toujours un vieux con prétentieux. Chassot n°1 des plumitifs populaires dans toutes les cours de récré ! « Cuisiner c’est déjà résister » proclamons-nous chaque mois. Vraiment ? Clément, lui, a su passer de la théorie à la pratique. Nous nous étions engagés à offrir un couscous à tous les participants d’une nouvelle campagne de soutien afin de faire vivre le Ravi. La veille du rendez-vous nos deux cuistots font faux bond. Comment préparer en quelques heures à manger pour 100 personnes ? Et notre journaliste tout terrain de s’improviser avec maestria et succès, sans se départir de son légendaire flegme, chef de brigade. Alors qu’il quitte aujourd’hui la jungle urbaine pour de nouvelles aventures dans la Drôme, je le dis haut et fort : merci pour tout et chapeau l’artiste !
M. G.
Qu’ajouter après tant de louanges pour que cet hommage ne se transforme en panégyrique, voire en nécrologie ? Des vacheries ? Nan, pas à un Suisse ! Et puis comme d’autres, j’ai aussi eu le plaisir de croiser son flegme et ses retards sur les terrains de foot. Ils avaient le même effet que sur notre petite équipe : rigolade et apaisement. Autant de choses qui font du bien dans une structure en surchauffe constante. Et même ma jalousie de savoir que son orthographe quasi parfaite en avait fait le petit préféré d’Agnès, notre correctrice historique, n’a jamais balayé le plaisir de travailler avec lui. D’autant moins que « Clem » s’est toujours donné à notre projet foutraque et fragile, parfois plus que moi. Animation de débats, interventions en milieu scolaire, projets de journalisme participatif, enquête sur les intercos ou reportage sur le « motoball », pas plus qu’une bière je n’ai le souvenir de l’avoir entendu décliner une proposition ou une demande. Allez, si je dois avouer un regret du passage de Clément au Ravi : ne pas avoir goûté son couscous improvisé !
J-F. P.