La Provence attaque Mediapart

Un journal qui porte plainte en diffamation contre un autre journal, ce n’est pas commun ! Le 20 mai Mediapart a pourtant comparu devant le tribunal judiciaire de Marseille suite à une plainte de la direction de La Provence. En cause ? L’article de notre confrère « La Provence a passé un pacte avec la candidate LR à la mairie » (19/12/2019). Il documentait les sommes importantes versées par le Conseil départemental au quotidien propriété de Bernard Tapie (1,2 millions d’euros en 2018). Il interrogeait aussi le soutien explicite de Franz-Olivier Giesbert (FOG), le directeur éditorial de La Provence, à la candidature de Martine Vassal aux municipales à Marseille.
Face à Cécile Pandaries, la présidente, Laurent Mauduit, l’auteur de l’article incriminé, ainsi qu’Edwy Plenel, le directeur de la publication de Mediapart, ont défendu le sérieux et la légitimité de leur enquête. Également présent à l’audience, FOG s’est estimé diffamé. Curieusement aucun média n’a couvert le procès dont les lecteurs de La Provence n’ont pas entendu parler. Trois journalistes ont toutefois témoigné aux côtés de Mediapart : Philippe Pujol, prix Albert Londres, actant les pressions politiques s’exerçant sur la rédaction de La Provence, Valérie Smadja, journaliste à France 3 Provence Alpes, rappelant la grève de la rédaction afin de protester contre le choix de FOG pour commenter les élections et Michel Gairaud, le rédacteur en chef du Ravi.
Le Ravi a témoigné du caractère politique du choix des collectivités locales de financer, ou pas, la presse, directement ou via de la publicité. Le Département présidé par Martine Vassal (LR), comme elle s’y était engagée avant son élection, accorde à la Tchatche, l’association qui édite le Ravi, autour de 15 000 euros par an (6 % du budget en 2019) au titre d’une « aide à la presse associative » supprimée au journal par son prédécesseur, Jean-Noël Guérini (ex-PS). Mais en 2021 l’instruction du dossier est, comme chaque année, bloquée au cabinet du CD 13 en attente d’un arbitrage. Arbitrage négatif à la Région sous la présidence de Renaud Muselier (LR). Quant à la ville de Marseille, dirigée par Benoît Payan (PS), nos demandes sont en attente. Le programme du Printemps marseillais annonçait un « soutien aux médias indépendants ». Wait and see. Et le Ravi de marteler à la barre son leitmotiv : l’argent public pour soutenir la presse citoyenne est légitime mais à condition d’être attribué en toute transparence et sans contrepartie. Le jugement suite à la plainte de La Provence sera rendu le 29 juin.
Caricaturé par Trax, Franz-Olivier Giesbert (FOG)
Mise à jour le 29 juin : le tribunal judiciaire relaxe Laurent Mauduit et Edwy Plenel en actant le sérieux de l’enquête et la modération de l’expression.