Loin des discours cuits, les circuits courts

Une flour de camin (prononcer flour-dé-camine) c’est, en provençal, la croisée des chemins, à la fois le moment du choix et de la rencontre. Et nous y sommes, perfusés et empoisonnés aux hydrocarbures, au nucléaire, aux androïdes et à la vitesse, tétanisés d’impuissance face à des enjeux mondialisés et manipulés par les multinationales.
Alors dé qué faïre ? (1) On se calme et on commence d’ici, le cèntre doù mounde, en l’occurrence Carnoules et le Cœur de Var, et on retrouve la notion de terroir. Lou terraïre, c’est la terre plus ce qu’on y fait pousser, les savoir-faire qui y naissent, la langue, la sagesse et la beauté qui y fleurissent depuis des siècles. Et puis celles et ceux qui vivent d’en plèn, complètement, cette réalité pas augmentée mais vraie. Un trésor.
Avec l’aide bienveillante de la municipalité nous avons donc transformé le bar tabac historique de la place du village en « boutique d’artisanat / magasin de producteurs / bistrot paysan / librariothèque prouvènçalo /café-culture ». Les « agir-culteurs » gèrent le lieu et ont appris pendant le cours du jeudi que bénévole se dit bountous. Tout est bon et local, du pain aux chansons, des ceintures aux fromages, des coucourdes aux paniers. Les sympathisants peuvent apprendre à faire de leurs mains, lors d’ateliers, ou participer à l’organisation de la soirée de fête et de spectacle mensuelle, l’ApériGaù.
Comme souvent lorsqu’on résiste au modèle hégémonique, quelques paradoxes surgissent : nos activités respectives remplissaient déjà bien les journées, car faire des choses bonnes, belles, durables implique un travail intense et de petites productions, et voilà que nous donnons en plus un temps précieux à cette aventure ; nous prônons la simplicité volontaire, le ralentissement et nous courons dans tous les sens et faisons chauffer nos cervelles pour mener humblement ce qui ressemble à un combat pacifiste mais concret contre la pollution, la déshumanisation, l’appauvrissement culturel, la perte du goût et finalement du sens de nos existences.
Alors oui il faut de l’énergie pour que tout ça roule et dure, mais renouvelable celle-là, et même communicative. Flour de Camin est devenu un rendez-vous où s’échangent bien plus que des Euros ou des Fèves (monnaie locale), avec quarante petits mètres carrés, presque autant de dépôts-vendeurs et sans parking.
On s’aide à manger, rire, travailler, viéure au païs dans un esprit d’harmonisation pérenne plus que de développement soit disant durable, sans craindre la flambée prochaine du cours du pétrole ni la concurrence. Parce que des fleurs comme la nôtre, on en veut bien un peu partout.
TRIBUNE Par Bastien Psaïla, artiste-artisan, co-fondateur de la Maison de paysans et artisans d’Aqui « Flour de Camin ».
1. Les mots en provençal ne sont volontairement pas traduits pour permettre au lecteur d’aller vers la langue.
Contacts : Flour de Camin, Association les Circuit-Courteurs, 2 cours Victor Hugo, 83660 Carnoules, 09 50 73 80 96 – lescircuitcourteurs@gmail.com