L’Ariane en attente de décollage

Jour de marché à l’Ariane, quartier populaire de l’est niçois d’environ 10 000 habitants. Ce matin, l’atmosphère est tranquille, des hommes prennent le café en terrasse. Les rues sont moins propres que le reste de la ville. Sur la grande place, dominée par une église moderne et décrépie, le marché compte plusieurs dizaines d’exposants. Kamel, 44 ans, fait la queue devant le stand de la célèbre socca : « Je n’attends rien des élections, je n’irai pas voter. On ne compte pas pour eux. Par contre, mettre des caméras de surveillance, ils savent faire. Ils sont comme des chauves-souris : dorment le jour et volent la nuit ! »
De l’autre côté, Jean, un retraité bordelais coiffé d’un bob « région Paca », installé là depuis deux ans, explique que « les gens ne parlent pas des élections, ils ne veulent pas se mouiller. Toutes les communautés sont présentes, Tchétchènes, Maghrébins, Comoriens, Gitans… ça me plaît ». Le maire Christian Estrosi ? « Quand il se déplace ici, c’est entouré de flics, c’est idiot. »
Le quartier est en pleine rénovation. Des immeubles de huit étages à la façade encore fraîche côtoient des petits pavillons. Le tout entouré des montagnettes verdoyantes qui marquent le début de l’arrière-pays niçois. L’Ariane compte une piscine, un théâtre, une poste, plusieurs médecins et pharmacies… Mais, derrière l’église, trônent des restes de voitures calcinées, comme pour rappeler que la zone est « prioritaire ».
Tramway fantôme
Plus loin, à l’école élémentaire Pagnol (370 élèves), le directeur Marc Leroy a organisé une « papothèque » hors temps scolaire. Treize parents d’élèves – toutes des femmes – discutent avec le directeur, chemise impeccable et lunettes rondes. Le maire de Nice a choisi l’école pour un projet de végétalisation de la cour. Une bonne nouvelle pour tout le monde. « Peut-être un choix politique mais nous avons été choisis parce que la cour est très grande et si ça marche, l’idée pourra être dupliquée. On nous associe à la construction du projet ! », commente Marc Leroy.
S’engage une discussion à bâtons rompus entre mamans. « Nous nous sentons moins considérés que d’autres quartiers, il y a un sentiment d’abandon, on ne se sent pas à Nice, explique l’une d’elles, Nabou Ndaye. On a l’impression qu’on nous a regroupés là. Vivre ensemble, on sait faire ! » Il faut environ 45 minutes pour rejoindre le centre-ville en bus. Estrosi avait promis à plusieurs reprises le tramway : il a choisi finalement une extension vers l’ouest de la ville et l’aéroport. Un tram-train est vaguement prévu pour 2023.
« J’irai voter, c’est important pour moi, femme, noire, fille d’immigrés », insiste Nabou. Hadia Debouz, très investie dans le quartier, évoque le vote des étrangers : « Je n’ai pas la nationalité, je ne pourrai pas », se désole-t-elle. Combien dans ce cas-là à l’Ariane ? Un quartier qui faisait partie des 25 les plus « sensibles » de France du temps de Sarkozy. « Depuis, il s’est tout de même embelli, on ne peut pas dire que rien n’est fait », nuance Marc Leroy.
Retour près de la place du marché, à l’Utopie, un lieu qui abrite l’association La Manufabrik, lieu de rassemblement d’habitants qui encourage la participation des habitants. Il abrite le conseil citoyen du quartier depuis 2016. « Nous avons été assez étonnés, nous sommes plutôt entendus par les institutions », commente Christophe Giroguy, salarié. Jardins partagés, embellissement des pots de fleurs… « Le point noir reste la propreté et l’état de certains immeubles, selon Jacqueline, de passage. Sans parler du chômage, surtout chez les 18-30 ans, et eux la politique… »