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« Vous êtes totalement soumis ! »

À relire notre contrôle technique sur le conseil municipal de la ville extrême droite d’Orange (Vaucluse) qui a eu lieu le 12 avril dernier.
le 25/07/2019

À relire notre contrôle technique sur le conseil municipal de la ville extrême droite d’Orange (Vaucluse) qui a eu lieu le 12 avril dernier.

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09:00 Le conseil municipal d’Orange commence à l’heure. Maire d’extrême droite depuis 1995, Jacques Bompard traverse une mauvaise passe : en mars dernier, l’édile comparaissait devant le tribunal correctionnel de Carpentras pour « prise illégales d’intérêts » bientôt neuf ans après sa mise en examen. Une affaire que vous racontait le Ravi en détail en 2012. Il sera jugé le 9 mai (après l’écriture de ces lignes) et risque deux ans de prison, 40 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Comme les emmerdes volent souvent en escadrille, la Chambre régionale des comptes (CRC) publiait son rapport sur la commune le même mois. Il dément largement la gestion « en bon père de famille » vendue par Jacques Bompard : la commune thésaurise trop (26 millions d’euros de trésorerie !) et n’investit pas assez. La chambre constate qu’en 2016, le taux de vétusté observé sur son patrimoine est deux fois plus élevé que dans les communes de la même catégorie (18 ans contre 9 en moyenne). Fin de règne ?

09:04 Le conseil du jour est dédié à l’approbation des comptes de gestion, des comptes administratifs de 2018, de différents budgets de la ville et du budget primitif pour 2019. Super, des chiffres !

09:05 L’un des deux fils de Jacques Bompard et élu municipal, Guillaume Bompard, est absent. C’est assez rare. Sa condamnation récente en appel pour diffamation envers un élu d’opposition LR, Gilles Laroyenne, l’aurait-il échaudé ? En septembre 2017, le fiston l’accusait « de passer son temps à mettre des commentaires sur des sites antisémites ».

09:06 Christine Badinier (Divers gauche), revient sur le rapport de la CRC et demande des explications sur la situation patrimoniale de la ville. La seconde élue LR, Yannick Cuer, appuie sur un fonds de roulement trop important et les 25 millions d’euros de liquidités sur lesquels Jacques Bompard veille comme Harpagon sur sa cassette. Son collègue, le dentiste à la gueule de notaire Gilles Laroyenne, prend la parole à son tour. Pour lui, le « zéro dette » affiché par le maire n’est qu’un argument « électoraliste, qui n’a aucune raison d’être. Si nos aînés ne s’étaient pas endettés, nous n’aurions ni TGV, ni Airbus, ni centrales nucléaires, ni hôpitaux. S’endetter pour investir n’est pas absurde ». Il ajoute : « le résultat zéro dette est à l’image de votre imagination et votre dynamisme, c’est-à-dire nul. »

09:09 Le Conseil est organisé en carré. Au fond, Jacques Bompard et ses proches. En face, l’opposition. Et à sa gauche, un aréopage de cheveux blancs mutique, qui fait plutôt penser à un service de soins palliatifs. Le patron est habillé tout en noir et même s’il est tout bronzé, il a l’air fatigué.

09:10 Fabienne Haloui, opposante historique Front de Gauche, attaque le maire : « Depuis le rapport de la CRC, vous êtes sur la défensive. » Et fustige son « opération comm’ à 2 balles » : des tracts et des panneaux expliquant aux Orangeois comment la ville est bien gérée.

09:19 Jacques Bompard prend le micro. « Ce que je retiens, ce sont des questions posées par des candidats [à l’élection municipale, Ndlr]. Tout est dramatiquement dramatique avec vous, tout va mal. Je ne sais pas si vous vous souvenez de l’état de la ville en 1995, mais visiblement je n’ai pas le même que vous. » S’ensuit une tirade sur les « 43 millions » d’impôts économisés aux Orangeois, les « 343 millions d’investissement » et une dette passée de « 45 millions à zéro » depuis 1995 pendant que son adjoint Denis Sabon, crâne luisant et petites lunettes, lui sert un verre d’eau. « Ce n’est pas un rêve, c’est la vérité vraie », s’écrie Jacquot. La campagne municipale de 2020 a bel et bien commencé. Le maire souhaite se représenter, probablement pour ensuite placer l’un de ses fils. Mais la justice pourrait l’en empêcher. En face, le Rassemblement national. Son ancien directeur de Cabinet, Xavier Magnin, (marié à sa nièce !), associé à son ancien idéologue André-Yves Beck, veulent lui ravir la mairie… Anne-Marie Hautant, tête de liste DVG en 2014 et Christine Badinier pourraient, quant à elles, s’associer au « Rép » Gilles Laroyenne. Une vraie guerre de succession.

09:24 Bompard continue de se gargariser : « nous sommes satisfaits de notre action même si ce n’est pas parfait. La perfection est du domaine de Dieu », lâche-t-il dans un petit rictus. Avant d’enchaîner sur la vétusté des équipements municipaux : « Comment peut-on dire cela, une ineptie pareille ? Nos installations sont au top niveau […] Notre ville est la plus belle et la plus animée du Vaucluse » Furax, Christine Badinier brandit un document : « La CRC ment peut-être ? » C’est le foutoir. Bompard lève la séance. Comme le prochain morceau du Conseil concerne les comptes administratifs et que la loi oblige le maire à ne pas être présent en conseil, Jacques Bompard ne reviendra que deux heures plus tard !

09:40 Haloui : « Vous n’en avez pas marre d’attendre ? Apportez-nous plutôt le petit déjeuner ! »

09:47 Grand, chauve et gros sourcils, le 1er adjoint Gérald Testanière assume l’intérim. La séance reprend pour passer au vote de ce premier chapitre. Il prend ensuite la défense de son maire et de son bilan. Fabienne Haloui souhaite alors faire le bilan d’un précédent maire communiste. Elle est huée par la majorité. « Vous organisez le chahut, vous ne vous faites pas respecter », lance l’opposante communiste au premier adjoint. Son micro est coupé, la séance est encore une fois levée. « Alors, vous êtes content d’être venu ? », lance Anne-Marie Hautant au Ravi.

10:14 La séance a repris depuis 10 minutes et tout le monde a l’air calmé. Mais Anne-Marie Hautant remet une pièce dans la machine : « Le maire est omnipotent, il décide de tout. Mais quand le mâle Alpha n’est pas là, c’est la foire ! […] Vous êtes totalement soumis ! » Huées, encore. Marie-Thérèse Galmard, adjointe et conseillère départementale d’extrême droite, trépigne : « Madame Hautant est en campagne et ça se comprend ! […] Mais vous n’avez rien fait pour Orange quand vous étiez élue à la Région ! »

10:42 Dossier épineux : le parking souterrain du théâtre antique, visiblement décrépit. Gilles Laroyenne explique alors être « allé faire un reportage photo sur l’état de crasse invraisemblable de ce parking. » Reporter de guerre.

11:01 S’ensuit un débat sur les transports et l’eau. Même si Anne-Marie Hautant a des critiques à faire sur les deux dossiers, elle félicite l’adjoint à l’eau et à l’assainissement Xavier Marquot : « Il fait le job ! » Les compliments sont tellement rares.

11:23 Le maire fait son retour. Son adjoint aux sports, Jean-Pierre Pasero, trogne de militaire à la retraite, présente les subventions pour 2019. Il souligne : « une association peut fonctionner sans argent public. Il n’est pas fait pour être gaspillé. »

11:54 Les deux élus LR déguerpissent. « Obligation professionnelle, justifie Yannick Cuer. Mais on aurait pu commencer à 7h00 du matin pas de problème ! » La France qui se lève tôt.

12:04 Alors que le débat continue sur le budget primitif, c’est la cacophonie. « VOUS RABACHEZ !! » hurle Marie-Thérèse Galmard. Parade d’Hautant : « Vous allez l’avoir votre place sur la liste ne vous inquiétez pas ! » « Et vous, vous aurez besoin de faire alliance, je n’aimerais pas être à votre place ! » Bompard, lui, est hilare.

12:30 Il en fallait bien une, la sortie xénophobe du maire. Au détour d’une délibération sur un plan de destruction d’un nid de frelons asiatiques : « ce n’est malheureusement pas la seule invasion, mais celle-là on peut lutter contre ! » Grande classe.

12:33 Fin du bal. Bompard en serrant la main du Ravi : « Je n’ai pas le plaisir de vous connaître. »

Clément Chassot

Contrôle technique publié dans le Ravi 173, daté de mai 2019

Orange (84) 29 561 habitants (2015) 1 fleur « villes et villages fleuris » 57 caméras de vidéosurveillance (2017) 21,7 % logements sociaux (2015) 51,85 % pour Marine Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017.

Le maire : Jacques Bompard (Ligue du Sud, ex FN) depuis 1995. 76 ans, dentiste. Il a été député entre 1986 et 1988. Réélu en 2012, il a laissé sa place à sa suppléante en 2017. Mis en examen en 2010 pour « prise illégale d’intérêts », le procureur a récemment requis contre lui deux ans de prison, 40 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Jugement le 8 mai.

La majorité : 29 conseillers de la liste « Bompard l’espoir nous rassemble »

L’opposition : 3 conseillers Divers gauche « Aimer ma ville », 2 conseillers Les républicains « Orange 2014, unis pour l’avenir », et une élue Front de gauche « Orange citoyenne et solidaire » Le conseil municipal soumis au test du Ravi : Durée  : 3h33 Présents  : 24 élus de la majorité, 5 de l’opposition Temps de parole cumulé de l’opposition : 1h37 minutes Le public : 12 personnes dont 3 journalistes

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