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Il nous ment, il nous ment...

Quand on vous dit François de Rugy, vous pensez homard, logement social, écologie ? Et si on se penchait sur le fact-checking ?
le 12/07/2019

Avec les élections, pas question de chômer pour Factoscope, un site dont la spécialité est le « fact-checking » de la parole politique. Distinguer le vrai du faux ? Y a du boulot !

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Sauf à finir dans notre dos, les poissons d’avril nous laissent plutôt de glace. Les « marronniers », c’est rarement synonyme de fraîcheur. Ou d’inventivité. Mais, ce matin-là, sur Facebook, ce post aussi lumineux que déprimant : « Le 1er avril, c’est le seul jour où les gens vérifient une info avant de la croire. »

Et les journalistes ? C’est pourtant la base. Mais avec l’info en continu et les réseaux sociaux, l’exercice est suffisamment ardu - quand il n’est pas optionnel voire exceptionnel - et il a donné naissance à une spécialité : le « fact-checking ».

L’ancêtre, d’après Laurent Bigot, auteur d’une thèse à ce sujet, ce sont ces journalistes qui, « au début du 20ème siècle, étaient chargés, dans les grands magazines américains, de vérifier chaque info avant qu’elle ne soit publiée. Quitte à reprendre les notes de leurs confrères, à rappeler leurs interlocuteurs voire à refaire les enquêtes ! »

Depuis, la discipline, remise au goût du jour par les rédactions web, s’apparente plutôt à un travail de décryptage visant à distinguer le vrai du faux. Pas étonnant donc si Factoscope (1) est né lors de la dernière présidentielle : « C’est un site web dont la spécialité est de faire du fact-checking politique », précise notre collègue.

Loin de se contenter de relayer le travail des médias qui se plient à l’exercice, Laurent Bigot s’appuie sur celui des étudiants de l’école de journalisme de Tours où il officie. Un excellent exercice et une véritable garantie d’indépendance : « On s’appuie sur une charte rigoureuse, en essayant d’être impartial. Par souci d’équilibre, on ne va pas contrôler un parti plutôt qu’un autre. Et on n’a aucune pression. Même si on y passe plusieurs jours, si on n’arrive pas à vérifier une déclaration, pas question de publier quoi que ce soit. »

Fastidieux de prime abord - « qu’ils nous répondent ou non, on interroge systématiquement les politiques sur leurs sources » - l’exercice est aussi ludique que nécessaire. Et en dit long sur le journalisme et la politique : « Aujourd’hui, le fact-checking est à la mode. Même les JT en font. Mais ce que déplorent ceux dont c’est la spécialité, c’est de voir à quel point leur travail est sous-exploité. Car, ce qui surprend, c’est moins la capacité des politiques à répéter les mêmes mensonges que celle des journalistes à ne pas les relever. »

Avec les européennes, pas question de chômer ! « On s’est rendu compte que Ian Brossat, du PCF, n’avait jamais fait l’objet de fact-checking », explique par exemple Laurent Bigot. Pour celui qui a failli être exclu du « grand débat », c’est désormais chose faite. Heureux, qui, communiste…

1. rattrapages-actu.fr/factoscope

Sébastien Boistel

Article publié dans le Ravi n°173 en mai 2019

@-Leravi - http://www.leravi.org