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L’économie circulaire tourne en rond

Autour de Fos et de Berre, l’urgence n’est toujours pas à l’écologie
le 27/06/2019

Seule une poignée de projets soucieux de l’environnement se développent sur les territoires industriels de Fos et de l’étang de Berre : l’absence d’impulsion politique y freine toute véritable transition écologique.

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Du côté de l’étang de Berre et de Fos-sur-Mer, il ne suffit pas de mettre de l’huile, même de palme, pour opérer une transition écologique devenue plus que nécessaire pour les industries (chimie, pétrochimie, raffinage, sidérurgie…) et les populations du territoire. Tant en termes d’emplois que d’activités économiques, de santé publique ou de préservation de la biodiversité. «  On n’est pas sorti du schéma des années 60 alors qu’il faut absolument réhumaniser ce territoire  », dénonce Gilles Marcel, le président de l’antenne régionale de la Fédération nationale de l’environnement (FNE Paca), pour mieux rappeler l’inaction des responsables politiques sur ce dossier.

Le territoire ne manque pourtant pas d’atouts pour faire sa révolution. «  Il faut tirer parti de l’existant et de l’évolution des esprits. On a des cartes en main : des gisements d’hydrogène avec Kem One à Fos et à Lavera, des spécialistes de la compression et du transport de ce produit, des acteurs potentiellement intéressés par l’hydromobilité  », plaide Nicolas Mat, chef de projets de Piicto (1). Installée sur 1200 hectares de la zone industrialo-portuaire de Fos, l’association créée en 2014 regroupe 40 acteurs économiques et près de 3000 emplois. L’objectif est d’y consolider l’emploi, d’accroître l’attractivité du territoire, d’initier des synergies entre les entreprises, de favoriser l’économie circulaire, d’installer des projets innovants. «  Nous essayons de montrer qu’on peut défendre l’innovation, avoir le souci de l’environnement et que les acteurs y trouvent leur intérêt économique  », insiste cet ingénieur de formation. Le nouveau monde appelle ça «  l’écologie industrielle  »…

Pour l’instant, l’association porte deux projets emblématiques : Vasco 2 et Jupiter 1000. Le premier est un programme de recherche appliquée de méthodes de production de micro algues et de biocarburant par la valorisation du CO2 industriel ; le second vise à transformer en gaz les surplus de production d’énergies renouvelables afin de les stocker. Autre initiative locale : le dirigeable de transport de charges lourdes développé sur la base aéronautique d’Istres. Autant de projets que l’écolo Sophie Camard a vu naître lorsqu’elle présidait la commission « emploi, économie, recherche et innovation » à la Région (2010-2015). «  C’est décevant, il n’y a ni portage politique ni vision d’ensemble  », se désespère la suppléante de Jean-Luc Mélenchon.

«  On n’est pas hyper sollicité  », reconnaît Patrick Grimaldi, secrétaire du bureau de Piicto et responsable QHSE (2) chez le chimiste Kem One. Et de relever : «  Ça fait deux ans que mon patron clame qu’on est le territoire idéal pour développer l’hydromobilité. Pour le transport entre le port et les plateformes logistiques comme pour l’acheminement des déchets de Marseille, il pourrait y avoir une réflexion sur l’utilisation de camions et de locomotives à hydrogène.  »

Résultat, le grand port de Marseille se concentre sur le transport de conteneurs et la logistique, la chaleur du brûle bordilles de Jean-Claude Gaudin est à peine valorisée, le dossier de l’éolien flottant sert de cale au ministère de l’Ecologie. «  Les surfaces sont réservées à Fos et Port Saint-Louis  », rappelle pourtant Sophie Camard. Et de rigoler : «  On avait déjà failli perdre l’éolien flottant à l’arrivée d’Estrosi à la Région parce qu’il n’en voulait pas au large de Nice !  » «  Après l’histoire de Total, les autres ne prendront plus le risque d’une transition biocarburant  », prophétise de son côté Frédéric Ambrosio, délégué CGT de la Mède (lire pages 8 &9).

Nicolas Mat demande de la patience, plaide encore le temps long. «  Le problème, c’est qu’on a des industries qui ont une vision économique à très court terme et des pouvoirs publics qui ont la terreur des pertes d’emplois  », regrette Gilles Marcel, le président de la FNE Paca. Et de pointer le manque d’ambition des collectivités locales, la Région en tête, pourtant compétente en matière de développement économique depuis 2015 et la loi NoTre. Le schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation signé en mars 2017 est de fait tout orienté vers le « smart ». Les seules orientations « bio-industrielles » (sic) annoncées : les projets de Piicto et la production de bio-carburant à la Mède...

Jean-François Poupelin

1. Plateforme industrielle et d’innovation du Caban Tonkin.

2. Qualité, hygiène, sécurité, environnement.

Publié dans le Ravi n°170 (Février 2019)

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